Maman

Une femme courageuse…très courageuse….

C’est ce dont je me souviendrai toujours d’elle;

Courageuse et généreuse Gabrielle…

Elle a élevé 7 enfants; 6 filles , 1 garçon. Elle en a perdu deux, en fausse-couche…

Sept à table, à Montréal, dans un 2e étage de la rue Boyer d’un immeuble qui appartenait à mon grand-père parternel : deux salons doubles, comme on disait dans le temps, plus la chambre de mes parents, plus un hangar par lequel nous avions accès par la cuisine.

Quand nous avons déménagé de Ville St-Michel, sur la rue Boyer, j’avais un an et je suis partie pour me marier à 23 ans.

Je revois encore ma mère dans la cuisine, où elle passait la majeure partie de son temps.

Elle sifflotait souvent en cuisinant ou elle chantait, bouche fermée, des airs qu’elle aimait.

Ma mère est née au Nouveau-Brunswick.

Elle est venue habiter à Montréal à l’âge de 17 ans avec sa cousine Clémentine.

Dans ce temps-là, beaucoup de jeunes filles de là-bas prenaient cette direction, soit pour travailler, soit pour étudier…

Elles prirent pension chez les Religieuses où elles travaillèrent durement pour un petit salaire…

Je me souviens qu’elle racontait avoir les mains rougies par la chaleur des draps qu’elle lavait…

Ensuite les Religieuses lui trouvèrent un emploi comme gouvernante dans une maison privée,

chez le Dr ( je ne me rappelle plus son nom ) à Westmount.

Au début, elle cuisinait et servait les repas et ensuite elle ne s’occupa que des enfants….

Elle y fut très heureuse, racontait-elle, très appréciée aussi, mais ça je m’en doutais.

Je l’imaginais, comme dans les films, avec son uniforme et sa journée terminée,

monter à sa chambre à l’étage des employés de la maison.

Elle sortit avec mon père pour la première fois, à une soirée de danse…

Ils s’accordèrent bien puisqu’ils étaient tous les deux de très bons danseurs…

Je les revois encore dans la salle à dîner de la maison. Le plancher de bois franc fraîchement ciré,

avec de la cire en pâte. Maman le refaisait chaque année avant Noël… Je me souviens encore de l’odeur…

Mes sœurs et moi, mettions des gros chaussons de laine, style pompier, et on faisait briller le parquet

en se promenant à petits pas de souris qui se terminaient en pas de danse.

C’est là que maman et papa entraient en scène en exécutant devant nous un magistral  » fox-trot  »

sur une musique que papa avait finalement trouvé à la radio.

Les ondes radio, dans ce temps-là n’étaient pas aussi captables qu’aujourd’hui, nous devions d’abord assister

à un concert de mauvaises ondes avant le grand spectacle.

À notre grand soulagement à tous, il avait capté quelque chose qui ressemblait à ceci :




Comme c’était bon de les voir ainsi; harmonieusement collés l’un à l’autre …

Maman, je me souviens de toi aussi, quand tu étais songeuse…

Sans doute, ta famille du Nouveau-Brunswick te manquait…

Quand tes frères, ou ta nièce Eliane ou d’autres membres de ta famille de là-bas,

venaient te visiter, ou quand nous allions à St-Isidore, l’été avec toi, en train, tu n’étais plus la même,

tu rayonnais….tu retrouvais tes racines….

Comme je te comprends maman aujourd’hui…

Je me souviens aussi quand tu es venue m’aider à la naissance de mes jumeaux…

Tu as habité un mois avec nous, retournant chez toi que pour les weekends…

Je n’oublierai jamais cette complicité que nous avons vécue…

Maman….Merci pour tout…

Je t’aime….xxx

Ta fille Madeleine

P.S.  Tu n’as pas connu la Manouchka que je suis devenue…C’est pourquoi je t’ai fait une place tout spéciale…ici….Au Coeur de l’Artiste que je suis…xxx

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